Sunday, February 27, 2011

Quand la musique d'Uematsu s'invite en l'église

Mise à jour du 6 mars 2011 : Des vidéos de bien meilleure qualité que mes enregistrements avec mon smartphone ont été mises en ligne par le quintette.

Ce dimanche 27 février 2011 se tenait à l'église Notre Dame de la Gare, à Paris, un concert de musique dont l'entrée était libre organisé par l'association "Les dimanches musicaux". Le groupe invité était ce jour-ci le Fantasy Brass Quintet. Au programme, Vivaldi, Moussorgsky, Ewald et... Nobuo Uematsu.



Concert ou procrastination ?

On est dimanche, il est 11h passé. Ma copine est dans son avion, partie pour une semaine de vacances au soleil. Je suis donc libre comme l'air. Mais que faire ? Regarder Boardwalk Empire ? Jouer à Assassin's Creed : Brotherhood ? Pourquoi pas mais j'ai tout le temps de faire ça plus tard. Jetons un coup d’œil à Twitter avant de passer une après-midi enfermé à faire son "no-life". Et là, que vois-je de la part de JulienC :
Julien Chièze
Demain, à 15h30, concert avec du Final Fantasy dans une église du 13ème... c'est bon ça !
Il avait twitté ça la veille et je me dis banco ! Après une petite recherche, je me dis que 2 heures de musique classique dont du Uematsu, c'est le bonheur pour finir la semaine ! D'autant plus que, honte à moi, je ne suis jamais allé aux concerts de Video Games Live.

L'église se situe dans le 13e arrondissement de Paris, au cœur d'une assez grande place, la place Jeanne d'Arc. L'association "Les Dimanches Musicaux" organise régulièrement des concerts de musique dans des églises. Cette fois-ci, le concert eut donc lieu en cette église avec un concert d'un quintet qui va nous tenir particulièrement à cœur puisqu'il joue des musiques de notre loisir préféré ! Le Fantasy Brass Quintet est composé de Christophe Eliot, Nicolas Chatenet (2 trompettistes), Ilan Sousa (pour le cor), Vincent Brard pour le trombone et Barthélémy Jusselme au tuba. Le quintette a été créé en 2009 sous l'influence du Video Games Live. Ils ont été sélectionnés pour une présentation lors du Festival du Jeu vidéo 2009 à Paris où ils ont arrangé et interprété du Final Fantasy, un medley de Super Mario Bros. ou encore les thèmes A, B et C de Tetris. Depuis, ils ont décidé de continuer dans cette lignée tout en interprétant aussi de la musique plus classique.

La partie "traditionnelle" du concert

La nef de l'église était pleine. Toutes les places étaient prises, y compris sur les côtés ainsi que certaines places derrière l'autel. Certaines personnes ont même décidé de rester debout pendant toute la durée du concert. Le quintette ayant diffusé l'événement sur les réseaux sociaux en mentionnant surtout la partie Final Fantasy, on pouvait effectivement voir que le public était en partie composé de personnes des 2è et 3è âges mais aussi de gens de 30 ans ou moins. Les Fantasy Brass Quintet ont demandé une église pleine, ils l'ont eu !



Dans cette première partie, Christophe et ses musiciens ont joué des extraits de "Tableaux d'une exposition" de Moussorgsky, de "Hiver" et "Printemps" provenant des "Quatres Saisons" de Vivaldi et enfin, après l'entracte, du quintette n°3 d'Ewald. J'ai d'ailleurs trouvé ce dernier morceau de musique tout à fait indiqué dans un RPG japonais, peut-être pour un thème d'Overworld. Comme une transition entre musique classique et musique de jeu.



Pour un groupe qui joue ensemble depuis relativement peu de temps, le niveau technique est bon. On entend quelques petits couacs par-ci par-là, mais on leur pardonne rapidement, d'autant plus rapidement que Christophe en joue, ce qui instaure une certaine connivence avec le public. Les arrangements des mouvements joués sont très harmonieux et très bien faits. Pour ces œuvres issues du répertoire classique, les arrangements ont été faits par Arthur Frackenpohl, du Canadian Brass. Je dois avouer que le "Printemps" en quintette est original même si, à mon goût, il manque toujours les violons et que le tempo était peut-être un peu lent, mais tout ceci est très subjectif. Ceci dit, c'est le seul passage que je connaissais au préalable, mon avis est donc d'autant moins solide. Quoiqu'il en soit, il est certain que le travail fourni en amont pour arranger et interpréter ces morceaux est colossal et le résultat s'entend clairement dans ce concert. D'autant plus que c'était là leur premier concert. J'ai appris cette information a posteriori et jamais ça ne m'était venu à l'esprit auparavant.

Le public a été réactif, convivial et enthousiaste. D'autant plus enthousiaste grâce aux interventions de Christophe durant les "Quatre Saisons". En effet, je ne sais pas si c'est courant, mais j'ai particulièrement apprécié les quelques récitations de texte accompagnant Hiver et Printemps de ces saisons. Elles permettaient d'instaurer une véritable ambiance, prémisses d'un voyage au cœur de l'hiver ou d'une balade printanière.

Uematsu écouté par une audience inhabituelle

Après Ewald, ce fut donc avec une certaine fébrilité que j'attendais Uematsu. En effet, cette fébrilité n'était pas seulement en prévision de l'écoute en live de l'interprétation des musiques d'un de mes compositeurs préférés mais surtout de son interprétation en ce lieu ! Les paris étaient ouverts car, d'un côté, l'audience n'est pas du tout la même que pour un concert tel que Video Games Live. Comment une ménagère de plus de 50 ans réagira-t-elle à la musique d'un homme dont on n'arrive même pas à prononcer le nom ? De l'autre, toutes ces personnes viennent tout de même assister à un concert de musique classique, probablement régulièrement et les compositions de Nobuo Uematsu sont, en général, parfaitement dans le ton. J'étais donc très intrigué par leurs réactions.

Et là, comme s'il voulait ajouter un poids sur leurs épaules, comme si la pression de faire découvrir Uematsu à un public différent n'était pas suffisamment forte, Christophe se lève et présente tout simplement la suite comme étant issu de jeux vidéo :



Transcription de l'introduction de Christophe Eliot :

"Nous allons donc maintenant vous interpréter une œuvre qui est une musique de jeu vidéo. C'est un jeu vidéo qui s'appelle Final Fantasy. Il existe maintenant, je crois, 14 volumes et qui a des musiques, vous allez le voir, très intéressantes. Le compositeur est Nobuo Uematsu."


Comme on peut légèrement le discerner, des rires se font entendre dans la salle. Pessimiste, je crains le pire. Heureusement, dès que le prélude commence à retentir, les rires se taisent et les premières notes parviennent à intéresser les premiers auditeurs. La technicité du quintette est toujours présente, j'ai juste trouvé la fin de cet extrait un peu trop rapide. Le résultat qui en découle, d'après moi, est que les notes sont trop liées et ne se détachent pas assez les unes des autres. Mais c'est vraiment pour être tatillon.

Le morceau suivant propose, entre autres, Vamo' Alla Flamenco de Final Fantasy IX. Et je dois avouer avoir eu peur. Ces rythmes marqués à la main, comme on peut l'entendre, et cette musique rapide et entraînante sont en contraste complet avec le début du concert. Dans ma tête, je félicitais leur choix osé mais me demandais si le public allait suivre. Et ils ont complètement suivi ! À mesure que le temps passait, les têtes se dodelinaient, les pieds suivaient le tempo et des sourires poignaient aux commissures de certains.



Le pari est ici gagné. L'effet de surprise est aussi présent puisque nulle part n'était fait mention de Uematsu sur les affiches à l'extérieur de l'église ni sur le site des "Dimanches musicaux". Il n'y a certes aucune réaction hostile mais il faut avouer que, dans l'ensemble, les gens sont circonspects, ils attendent, en général dans une position interrogatrice, de voir ce que ça va donner, ou plutôt d'écouter.

Le passages suivant est composé d'un medley des thèmes de Tifa, d'Aerith, à nouveau plus traditionnels mais surtout de "Don't be afraid" (FF8) qui est presque militaire et du thème des Chocobo ! L'arrangement présenté ici est très jazzy et c'est à nouveau une prise de risque. Personnellement, ce sont surtout les 2 premiers qui me touchent. Écouter ces morceaux dans un environnement propice, avec des musiciens talentueux ont véritablement exacerber mon plaisir et des frissons m'ont parcouru le dos pour monter jusqu'au sommet du crâne ! Quand une musique me fait cet effet-là, je suis aux anges.



Mais trêve de pessimisme puisque le "bis surprise" prévu a bien été demandé sous un tonnerre d'applaudissements. Le Fantasy Brass Quintet nous a donc délivré un joli medley des musiques de Tetris avec une mini mise en scène d'un joueur énervé par sa Gameboy et des cuivres qui s'emboîtaient comme des tetrominos. Cela donnait une ambiance joyeuse et bonne enfant, tout à fait adaptée à cette fin de concert. Le public a été enchanté, tapant des mains en rythme et la dame devant moi (la même que tout à l'heure) bougeait, dansait presque et s'est mise à chantonner à la fin (les possesseurs d’ouïe fine pourront l'entendre dans mon enregistrement numéro 6 sur bandcamp, voir lien en fin d'article).



Les gens s'en vont petit à petit et j'en profite pour interviewer cette dame qui m'a tant intrigué par son comportement. Je vous laisse écouter et vous demande pardon pour la pauvreté du son, c'était à l'intérieur de l'église, avec mon téléphone portable. Je demande aussi pardon à cette dame de l'avoir enregistrée à son insu, même si quelque chose me dit qu'elle l'a tout de même remarqué.

Extrait n°7 du concert

Merci à Uematsu-san et merci au Fantasy Brass Quintet de faire écouter ce genre de musique à une audience plus large et tout aussi réceptive. Encore bravo à eux pour ce magnifique concert. À la fin, Christophe brandit la Gameboy bien haut, comme s'il savait que le Jeu Vidéo avait gagné même s'il ne le sait pas encore !


Les extraits musicaux et les photos sont publiés avec l'aimable autorisation du Fantasy Brass Quintet.

Voici la playlist Youtube de toutes les videos disponibles sur ce concert.
Et tous mes enregistrements audios sur bandcamp.

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